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21 janvier 2015 3 21 /01 /janvier /2015 17:21
Tu me dis...

Tu me dis…

La mort a couru, portée par les hommes, sur le moindre sentier.

Des oiseaux « liberté » posés dessus la terre résistent.

Ecrasés sous le poids oppressant du mépris, de la guerre faite à la vie, ces oiseaux résistent encore et encore pour battre et battent impuissants de leurs traces d’ailes le vent glacé de nos prisons. Ils écrivent de leurs plumes les mots sur les pages déchirées du livre des horreurs.

Que reste-t-il de ces hommes, de ces femmes, de ces enfants partis un jour, emportés par les folies et les haines ordinaires de notre histoire,

Il reste la mémoire.

Il reste la mémoire vive des heures déchirantes vécues par ces êtres de chair et d’esprit, nos frères humains dont d’aucuns ne voulaient plus voir ni la chair, ni l’esprit, ni le droit même de porter dans leurs bras les enfants de la vie.

Effacés, rayés de la terre, rayés de l’humanité comme ces tissus rayés de barreaux enfermant vos pauvres corps meurtris et condamnés à ne plus être.

Il reste la mémoire de vos noms, de vos luttent, de vos souffrances.

Sur l’arbre de vie montant vers la lumière, je vois la mémoire puisée au plus profond de nous par les racines nourricières de l’histoire des hommes.

Je vois dans cet arbre, la branche de votre bras levé, bras fort de la lutte incessante à se battre contre nos plus vils instincts, bras faible de notre laisser-faire, de nos lâchetés ; votre bras témoin porte les traces profondes de vos blessures, votre bras marqué des chiffres de l’infâme, votre main entrouverte dans un signe de salut, d’au revoir ou d’adieu…

Sur ce bras, au creux de votre main, je veux lire l’appel que tu me lances au-delà de la mort à ne jamais oublier.

L’oubli, c’est la prison où nous enfermons nos taches.

L’oubli, c’est l’abandon de l’autre, l’abandon de soi.

L’oubli, c’est le renoncement.

Tu me dis n’oublie pas, n’oublie pas le passé, n’oublie pas le présent, n’oublie pas que demain se nomme vigilance.

Tu me dis que la maison de l’homme doit se bâtir chaque jour sur la mémoire, sur le savoir, l’intelligence, sur la rencontre et le respect.

Tu me dis que ton bras levé porte la main à construire.

Tu me dis, s’il faut gémir, gémissons.

Tu me dis : ensemble, construisons et espérons…

Yannick Racapé

16 avril 2005

(Texte de l’inauguration du monument à la mémoire des martyrs de la déportation de Haute-Marne, square Georges Brassens à Saint-Dizier 52100)

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Published by Yannick Racapé - dans Et si demain...
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