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12 mai 2017 5 12 /05 /mai /2017 12:28

Comment mêler deux textes passés et ne faire qu'une histoire de vie.

Pour une histoire d’amour

Je me souviens, jours heureux de cette maison où ont poussé mes centimètres et mes émotions d’enfant.

J’habitais avec mes parents et mon petit frère un village de Bretagne, d’Argoat, du côté de Paimpont entre Miroir aux Fées et Val sans Retour, département d’Ille est pas si Villaine. Quels mots pour grandir en toute rêverie. Il s’appelait et s’appelle, ce village, Ker… je ne sais plus, ou Saint Ker… Saint Ker, Saint Cher, Saint Amand, je ne sais plus (cpalahicunsain).

Notre maison était attenante à l’école vraiment libre, c’est-à-dire laïque elle, car mes parents étaient de ces hussards persuadés que seules l’instruction et l’éducation créeraient un monde nouveau et propre de toute haine.

Alors que de France et de Navarre, marronniers et platanes trônaient à Cache-cache ou jouaient aux Quatre-coins des cours de récré, la nôtre s’ornait d’un unique, gigantesque à mes yeux d’alors, cognassier. Pas de quatre coings, mais le centre du monde.

Cet arbre marquait sûrement les saisons avec ses répétées verdeurs, floraisons, fructifications, défeuillaisons, nudités. Il était un repère de plus dans le temps.

Tout en ânonnant les tables de multiplication sur un air chaque année reconnu, tout en apprenant les « choses » par leçons entières, un œil guettait toujours le vieil arbre où souvent et hors récré  un et des oiseaux de notre paradis, posaient sur les branches leurs pattes menues,  s’égosillaient de chants superbes et glorieux.

Alors que Automne puis Hiver roussissaient peu à peu et dépenaillaient ses habits, Printemps habillait notre seigneur de cour de milliers de boutons déroulant les même milliers de fleurs d’un rose pâle au milieu de ce vert,  tendre promesse d’été.

Les insectes insectaient, les abeilles et bourdons abeillaient et bourdonnaient jusqu’à plus soif la belle histoire du temps et de la vie.

A notre vue la base de chaque fleur s’enflait d’un pois.

Puis Printemps, Été s’efforçaient d’apporter la sève nourrice.

Automne finissait le travail en gonflant le fruit chaque jour un peu plus et en tirait du cœur un jaune à la fois acide et chaud, annonçant les gelées magiques.

Mon cœur aussi gonflait et récitait avec frissons son prénom. Non!  pas le prénom de l’arbre, lui se nommait arbre et de lui-même,  pensée magique de l’enfance.

Anne était son prénom, je me souviens.

Il n’y avait qu’une cour de récré dans cette école et si les classes de filles et de garçons étaient séparées, la cour était commune à nos ébats pas encore amoureux mais rivaux et curieux de la gente opposée.

Elle est arrivée un matin d’avril, la petite Anne, mon petit printemps, mon doux soleil, mon espoir immédiat, mon demain de toujours.

Je la dévisageai, elle me vit, nos regards glissèrent de l’un à l’autre. Le jour aussitôt couronna mon ciel d’une figure d’ange, de ce que j’imaginais l’ange dans sa plus grande splendeur.

Je vous explique l’ange. Le curé du village avait une prédilection pour le calva de Papa et en profitait lâchement et amicalement pour tenter l’évangélisation de ses hôtes avec des images laissées, négligences, sur la table de cuisine.

Ma petite rouquine des amours premières, tes taches de rousseur émaillant tes joues et ton nez à la retroussette, taches que quelques semaines passées je compterai  sur ton teint pâle et fragile, ta robe fleurant bon le mystère de la différence. L’amour naquit, mon premier amour, un matin de printemps dans les yeux d’un bleu marin d’une écolière. J’ai comme toi dix ans et depuis nous avons dix ans, elle et moi...

 

Qui es-tu, toi qui t’éveilles au matin et qui oses venir  troubler ma vie ?

Je suis l’enfant ?

Qu’est ce que l’enfant ?

C’est une promesse.

C’est toi, c’est moi, c’est nous, ici et maintenant comme dans l’ailleurs.

C’est l’homme qui cherche toujours, c’est l’homme qui se cherche.

C’est la quête du vivre sous les cieux infinis.

Je suis l’enfant et je dis.

 

Que veut l’enfant ?

L’enfant veut vivre.

L’enfant veut un ciel sans frontière.

 L’enfant veut percevoir, apprendre, comprendre, construire.

L’enfant veut manger les heures à sa faim, à satiété.

 

J’étais enfant à la naissance du monde.

De la nuit, une aube de terre ouvrait ses espoirs car j’étais enfant à la naissance du monde…

Née de la glaise des jardins, éclatait la vie, des soleils éclairaient grand le cœur des fleurs.

Vêtus du manteau des nuages, naissaient mille et cent oiseaux aux ailes furtives.

Monde ouvert, l’homme grandissait ses mots jusqu’à la marée fertile du savoir, du comprendre, du vouloir.

 

Hélas, vouloir désir, vouloir vainqueur déjà, et déjà l’horizon rougissait chaque instant.

 

J’étais jeune homme aux premiers pas du monde.

De la nuit, une soif inconnue crissait ses démons sur les pierres du chemin tracé.

L’homme mesurait le temps.

L’homme mesurait l’amour.

L’homme mesurait l’envie.

L’homme mesurait aussi la guerre.

 

J’étais un homme aux premiers cris du monde.

Qu’étaient ces cris sourds à mes oreilles. Chant du monde ou Chant des hommes ?

Cris de querelles ou cris de merveilles annoncées.

Saveurs de déserrance ou saveurs étirées du fruit de la passion ?

 

Que dit l’enfant ?

L’enfant dit que la rosée chante la joie de la fleur à ouvrir sa chair en une corolle de pétales.

L’enfant dit que l’homme est aveuglé de lui et ne sait pas regarder.

L’enfant dit qu’il est sot celui qui croit tenir entre ses mains la vérité.

L’enfant dit que la vie existe et qu’il la dévore à plein poumon.

L’enfant dit que pour cela, il cherche dans la tendresse, les mains aimantes, attentives donnant la force de se dresser à la face du mensonge.

 

Où va l’enfant ?

L’enfant, pieds joints ou à cloche-pied sur la marelle, se prête un voyage de la terre au ciel. L’enfant joue à devenir homme.

L’enfant s’étire le corps dans une course folle qui le conduit des minutes d’hier aux heures de demain.

 

J’étais vieillard aux premiers soirs du monde et je vous chante comme je chante cette vie si désarmante, si belle et trouble. A vous revoir passants, à nous retrouver autour d’un ailleurs peut-être ou d’un songe, mais…me devrais-je inquiéter d’un songe ?

 

 

 

...

J’ai comme toi dix ans et depuis nous avons dix ans, elle et moi.

 

Les saisons avaient érigé en force notre amour sous les sourires bienveillants de nos parents. L’été s’enfuit. Nous avions quitté la petite école pour rejoindre le collège des vieux mais nos étreintes furtives, nos baisers d’oiseaux fragiles et chastes continuaient leur œuvre. Le temps conjugué au pluriel nous offrait un voyage perpétuel. Nous nous retrouvions chaque fin de semaine et pour les petites vacances. Anne, ma sœur Anne, ma mie, ne vois-tu rien venir ?

 

Automne était arrivé avec ses aléas de froidure nouvelle, de brouillards, givrant déjà.

 

Sous ton bonnet couvrant le front jusqu’aux yeux, tu devenais,Anne, elfe et farfadet, drôle de troll dont la bouche découverte offrait à mes lèvres son aimant. Main dans la main nous parcourions la campagne puis rentrions par la route un peu buissonnière des écoliers, chemins paisibles et fous  de nos premiers émois.

 

Un jour enfin ce fut l’heure. Dans la cour de récré l’arbre ployait ses branches en une dangereuse tension proche de la rupture, les fruits mûrs et chauds offraient leur couleur à la cueillette.

 

Nous rêvions de bêtises, alors, tous deux décidés à franchir le fleuve Amour,  nous allâmes aux coings avec le bonnet d’Anne.

 

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Published by Yannick Racapé - dans Histoires comme ça
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