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1 juin 2017 4 01 /06 /juin /2017 17:33

Tout a commencé dans la quiétude du jour naissant. Lentement. Cotonneux.

 

Comme la simplicité d’un matin tiède et calme, une lueur douce pose sur la feuille une parure de rosée.  Perçant de son mystère les gouttes alanguies avant l’ardeur juvénile du printemps,  la lumière adolescente pose un regard gourmand sur les feuilles et les branches. Adulte lumière, elle vaporisera de son souffle soyeux les larmes d’espoirs en nuages. Les oiseaux mêlent aux branches des portées de chants clairs.

Comme une paix choisie par la nature un léger bruissement perçu, vol de papillons aux ailes de silence. L’attente peut-être ?…  attente d’un autrement, d’une chanson furtive ? L’air semble gourd des heures douces et tendres, des pauses sur images, des torrents immobiles. Heures douces et tendres sous les vagues arrêtées d’un flux en suspend. Rêvées les idées d’oisiveté, de soupirs à peine prononcés.

Comme un souffle nouveau mais déjà à travers les branches perchées, les brins de terre, un vent lève les voiles des toiles d’aragnes,  nimbées parures blanches des tricoteuses de soies. Le ru patient court la prairie, sourd parfois aussi des herbages en de légers tourbillons. Des vaguelettes en ressac éclaboussent le vert pâturage, maelstroms nourrissons, fourrages des herbes folles, gouttelettes vite englouties  au détour d’un méandre. La nature écoute son corps frémir, attend le message. Peu à peu, étirant les courants, les vrilles vent volent et caressent feuilles et brins, branches et silences, pauses et plaintes.

Comme une révolte naissante un mouvement désordonné né de rien ou de si peu semble investir en douce la place, chasse la pensée sereine.De légers balancements inordonnés, les roseaux saluent de leurs plumets en révérences de plus en plus prononcées, les herbes étonnées de cette ivresse nouvelle. Le ciel assombrit ses pastels d’union en ciels aux bleus charnus tachés de lait cru. Les oiseaux bruissent leurs ailes en volètements déjantés.

Comme une pause, d’un coup, rien… arrive et plus rien ne bouge, ne bruit. Le temps fait silence, l’oiseau se tait…

Comme un cauchemar, dans un craquement, le vent persiste et signe dans ses envies de crier, de hurler au loup et peu à peu hardiment, déplie ses ailes furibondes. Les indigos drapés ouvrent la porte aux feux qui, en blessures de lames fines déchirent les dais de terre sous des grondements lourds, graves et roulants, puis secs et coupants.  Tout s’accélère et le paysage se charge de multiples notes d’inquiétude, balbutiements farouches d’idées soufflées au vent mauvais.

Comme une tempête, maintenant la terre tremble de fureur. Le faîte forain des arbres en manèges roule, tourne, bouscule,  tord, enroule, exulte les saveurs et les sons sauvages de l’orage. Une moiteur étouffe la vie de ses nauséeuses vapeurs et de ses actes démesurés. Les cataractes de ciel versent des larmes de colère sur le monde. Les rus en tempête se gonflent des saveurs âcres de marées meurtrières. Et dure, dure et encore, dure jusqu’à l’épuisement de ses sources.

 

La nature se reprend peu à peu de sa colère et adoucit ses traits.

Comme une colère, tout est un dans la colère. Tout est tout dans la colère.

 

Le visage congestionné de fureur, les tripes nouées, l’orage dans ma tête casse le temps en miettes de stupeurs, étonnées de cette violence. A mes yeux, le jour revient peu à peu.

Je m’éveille de l’instant, en pleurs. Enfin. Épuisé, tremblant. Vide des sens, ma pensée calme ses couleurs. Je ne comprends pas comment est né cet ouragan incontrôlable, incontrôlé.

Pour un malgré tout, ironie, la question : la colère, pourquoi, ne serais-je qu’un homme ?

                                             

                                      Yannick Racapé (01/06/2017)

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Published by Yannick Racapé
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