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19 novembre 2012 1 19 /11 /novembre /2012 10:50

Quand les arbres blanchissent  sous le poids des saisons, ils savent encore nous dire, à nous, enfants de la sève nourricière, les mots que je veux entendre, que je dois entendre.

Les ans nés de la vie restent la vie, jusqu'au bout du chemin.

Le respect de la vie naissante s'allie au respect de la vie finissante.

Je ne suis, que parce que d'autres ont été avant moi.

Prendre soin n'est pas un luxe, c'est un devoir... sans fin.

 

Qu'en est-il du retrait des sommes allouées hier par le Conseil Général de la Marne pour le bien-être et l'animation dans les établissements pour personnes dépendantes ???

 

La main soigne, la main lave, oui mais...

La main est aussi caresse et  doit pouvoir continuer à entendre et dire le respect réciproque, le bonheur d'être ensemble.

Je veux écouter ce que vos mains me racontent. YR

 

Merci de diffuser

 

 


 

 

 

 

Les chants du lavoir

 

Cinquième chant

 

Je demeure…

 

  Je demeure. Ma vieille peau usée ne transportera plus très longtemps mes peines et mes joies ! le désespoir ne veille ses ombres que le soir bien tard après des heures de luttes quelquefois inutiles, des attentes sans fin à quelque extrémité d’un couloir désert où ses ont entassés pêle-mêle des ventres garnis ou vides, où la main tendue a reçu la chaleur d’une pièce, d’une main tendue, d’un regard. La lueur entrevue un instant s’est échappée. Rien ne peut accrocher ce moment de bonheur, un regard, sinon ma mémoire. Et quand elle accepte de me délivrer cet instant, à nouveau mon corps se saisit et s’abreuve de cette humanité. Les murs d’une station où je me réfugie lorsque le froid dehors se fait trop vif, se rejoignent à l’infini vers l’absence de lumière et j’ai peur, comme vous avez peur de moi, de vous. Les courants d’air éloignent les âmes des corps intouchables. Ils les véhiculent à travers les méandres, les bousculent, les aveuglent, les vident de toute leur énergie. Notre âme prend la tangente au premier virage du matin. Nous sommes des somnanbules éveillés. Nous n’osons plus nous regarder que grimés, poudrés, enchâssés dans des tonnes d’illusions. Tu te crois la cible perdue au milieu de la foule ! tu es aussi le trait qui abat par ton indifférence. Tu es. Nous sommes. Nous sommes une loterie où s’entredéchirent des chiffres, nous ne sommes que des codes déchirés, mais je nous aime aussi comme ça… pour un regard !

 

Ne t’en vas pas fils des Hommes ! oui je sais je divague, je gueule et marche dans la boue de la boue des terrains vagues mais je sais aussi le bonheur de la promenade, de quelques pas perdus sous les arbres de l’île aux Cygnes et là, je regarde passer les péniches chargées de voyages et de promesses. Même si je n’y broie que du vent, les mots sont émotions et par ces mots je voudrais te chanter cette ville où, comme dans d’autres lieux, d’autres pays, d’autres filles et fils des Hommes ont accepté de se regarder, de se sourire, de lutter et de se reconnaître par delà les frontières. Ils ont accepté le dépit amoureux puisque l’amour existe. L’air qu’ils respiraient ne leur appartenait pas en propre, pas plus qu’il ne t’appartient aujourd’hui. Cet air, cet espoir d’un monde plus équitable, ils ont voulu à tout prix le partager sans se soucier de la couleur de tes yeux, de ta peau, sans se soucier de connaître ton dieu, ta foi, ton église, ta chapelle ou la fleur de tes rêves les plus fous. Si c’est difficile pour toi, comme cela l’a été hier pour eux, lutte malgré tout de toutes tes forces contre toi, avec toi et d’autres pour que demain le monde soit uni par la fraternité. Utopie ? si tu le penses ! A quoi bon te sert alors de vivre ? la diversité des mondes est une richesse. L’amour est une richesse et Utopie est son nom. Il sera partout si tel est ton bon désir.

 

Accompagne-moi jusqu’à la Cité, autre île ; aide mon vieux corps à gravir les marches d’une tour de Notre-Dame. Et de là-haut je te montrerai mon passé.

 

Là ! tu vois ?

Regarde autour de toi !

Regarde ces toits, ces maisons, ces pierres taillées par la main et la faim de nos pères, nos mères, frères et sœurs !

Vois souffler le cœur de la vie, de la cité construite, détruite, reconstruite au corps à cœur !

Oh ville ! que tu m’en as raconté des histoires, rouge-sang, noire d’encre, rouge-baiser, nuits de rires et de larmes !

A moi la garde !!! d’assaut j’ai pris cette tour, elle est ma forteresse ! de son sommet je contemple l’espérance souvent chantée !

Les ailes des oiseaux caressent mon front comme ma mère savait le faire quand j’avais… il y a bien longtemps… comme ma mère savait le faire quand elle en avait encore la force et le temps.

Mon beau ciel, ma lumière, je vous rêve comme je me rêvais.

Je suis le feu, je suis la terre et l’air et l’eau, je suis le monde impétueux descendant les pirogues au courant des heures tonitruantes.

Volerai-je un jour ?

La fatigue vieillit mes souvenirs et mes jambes aussi. Il est l’heure que je m’endorme.

Donne-moi la main, Fils ! je vais m’asseoir là ! je ne veux pas me tourner vers le Sacré-Cœur de la butte où est enfermé dans la pierre blanche le sang de mon de mon grand-père, pas plus vers la place de l’Enfer, ni même vers le Point du Jour

Où pour un Thiers, Versailles nous fut conté au son des fusils.

Je sens la douce tiédeur du métal contre mon dos.

Sens-tu, Fils ?

Aperçois-tu la lumière nouvelle ?

Ma nuit approche. J’ai vécu!

Le vent me porte tout droit les appels chuchotés par les arbres du Père-Lachaise. Il me souffle le murmure incessant de nos parents, ces anges aux figures sales qui ont achevé leurs songes le dos à un mur de la honte.

Chutttttt !

Écoute Fils, écoute !

Écoute battre ton cœur, c’est la Savoyarde de sang qui danse et se cabre, s’étonne et rit de l’irraison du monde !

 

Elle est l’homme, la femme qui mendie av’nue d’l’égalité, elle est mon frère qui s’en va en brandissant la guerre, elle est le pain qui n’a pas encore cuit pour tous les enfants de la terre !

Elle chante et me dit au revoir comme on dit à bientôt, à demain peut-être ?

Vois-tu vers l’Orient la lumière nouvelle, Fils ?

Une brise, un souffle, déjà…

Tiens ma main, aide moi à passer … le temps !...

Où est le soleil ?

Dans les notes que tu chantes.

Où trouverai-je le temps ?

Dans les contes de nos veilles.

Où passe le présent ?

Dans le corps qui enfante.

D’où surgit la colère ?

Des mots du mépris.

Où donc s’inscrit la mémoire ?

Dans les mots que tu dis.

 

Dans le clocher, là, près de vous, le ventre de bronze balance et balance ? Le marteau heurte, hésite encore le métal.

Une cantilène d’airain s’élève puis peu à peu se tait.

Que se passe-t-il ?

Dans la nuit une femme se tait et attend !

Entre ciel et terre, sur un lit de paille fraîche ou de roseaux, de coton, de glaise, sur une montagne, dans une forêt, dans un désert glacé, ailleurs, dans un ailleurs de n’importe où, un enfant éveillera le monde à l’amour, au pardon, à la miséricorde et … à la vigilance.

Dans la nuit une femme retient son souffle.

Bientôt il sera noël.

 

                                                                       Chants du lavoir©Yannick Racapé

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Published by Yannick Racapé - dans Et si demain...
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